samedi 9 janvier 2016

Survol de ma session du printemps 2016

Qu’est-ce que je fais cette session-ci? Je fais 15 crédits et je commence mon stage. Ce sera possiblement ma session la plus rigoureuse d’un point de vue académique. Après cette session-ci, je serai équipé pour écrire un thèse pertinente en Nouveau Testament en automne 2016.
Grammaire grec avancé (3 cr.): étude intensive de la grammaire du grec du NT. L’utilité de ce cours est en vue de l’utilisation compétente et précise de la grammaire pour l’interprétation du NT. Le prof est Daniel B. Wallace, l’auteur de la grammaire grecque du NT la plus utilisée actuellement. Prof Wallace est un peu extrême; le genre de gars qui envoie 5-6 courriels vers 22:00 pm à propos de lectures additionnelles en vue de la classe du lendemain. C’était mon prof de critique textuelle lors du dernier semestre. Je n’ai jamais été autant fouetté de ma vie, mais tout est pour le mieux!
Exégèse des récits des évangiles (1 cr.): le cours se concentre sur l’arrière-plan juif / greco-romain des évangiles, les miracles, les paraboles, la comparaison synoptique (passages parallèles / similaires dans Matthieu-Luc-Marc) et la théologie des évangiles, afin de maitriser l’étude des évangiles pour l’enseignement et la prédication. Spécifiquement, ce cours se concentre sur la façon dont l’interprétation des évangiles diffère de l’interprétation des épîtres. C’est donné en tandem par Darrell Bock (ayant publié sur Luc-Actes et Marc) et Hall Harris (évangile de Jean).
Arrière-plan littéraire du Nouveau Testament (2 cr.): il s’agit de lectures dirigées dans la littérature de l’ancien monde qui contribue à notre compréhension du NT, et de discussions à propos de l’utilité de ces sources pour l’exégèse du NT.
Par exemple, on entend souvent parler des faux docteurs qui répandaient le gnosticisme (ou une forme antérieure) dans les premières communautés chrétiennes. Je lirai probablement beaucoup de ces écrits  dans ce cours, ce qui alimentera ensuite la façon dont tu interprètes les mises en garde contenues dans le NT. 
Exégèse hébraïque II et Introduction à l’Ancien Testament II (3 cr.): ayant fait 3 cours d’hébreux jusqu’à présent, je possède bien le système de la langue et nous nous sommes exercés abondamment sur l’exégèse des récits narratifs. Ce 4e cours se concentre sur les textes prophétiques, les psaumes et les textes de sagesse (Proverbes, Ecclésiaste, etc.) et la poésie. Le 1/3 du cours est aussi dévolu aux questions sur l’historicité de l’Ancien Testament et autres remises en questions des sceptiques.
Prédication par exposition II (3 cr.): apprendre à prêcher des textes narratifs; structure de sermons, développement théologique et apprendre à prêcher avec « un calendrier »; à long terme sur de multiples textes suivis. Pour un seconde fois, mon prof est Dr Kuruvilla, un théologien / homiliticien (un spécialiste de la prédcation; et oui, ça existe faut croire!) / dermatologue/célibataire pour Christ. Le gars est vraiment brillant, mais extrêmement pointilleux. Tout le monde s’est fait détruire la session dernière ! Ahah :)
[Théologie systématique IV] Sotériologie (3 cr.): sotériologie c’est le mot fancy que les théologiens se donnent pour parler su salut (σωτηριος, soterios, ce qui a trait au salut). Il s’agit d’une étude du salut en Jésus-Christ, la splendeur de l’évangile et la multitude de façons par laquelle la grâce du Dieu trinitaire donne la vie, particulièrement par son œuvre à la croix.
Le stage : le stage est sur 3 sessions. Le 2/3 est à Dallas en collaboration avec Dr. Buist Fanning, un professeur au département du Nouveau Testament. Dr Fanning est un chercheur de haut niveau et il a une approche très pastorale. En travaillant avec lui, je souhaite qu’il me prépare pour des études doctorales, mais qu’il le fasse d’une façon qui me permettra de transférer le plus possible  cette expérience vers la vocation de pasteur/formateur. Ceci peut sembler étrange, mais ce n’est pas nécessairement tous les professeurs qui ont l’ensemble des caractéristiques d’un berger; certains sont davantage des introvertis orientés vers la recherche.
Ma deuxième session de stage est au Québec cet été. J’enseignerai à Parole de vie (Sherbrooke) durant la 2e semaine de mai les épitres de 1-2 Pierre, je ferai la prédication au camp 13-17 au Camp brochet, et la balance de l’été sera au Saguenay à m’introduire au ministère pastoral.
Somme toute, ce sera vraiment une session trippante, mais ce sera la plus difficile au niveau du travail académique de toute ma maitrise. 

Requêtes de prière:
-Discipline, acuité intellectuelle et passion. C’est une session qui fait peur au niveau de la difficulté.
-Que je puisse me préparer diligemment au travers de la session pour le cours que j’enseignerai à Parole de Vie en mai.
-Que toutes mes apprentissages puissent être des actes d’adoration qui me poussent à aimer davantage mon Dieu et qui m’aide à mieux le servir Lui et son église.
-Grandir en grâce, amour et service.

Merci beaucoup de prier pour moi et de me supporter de toutes les façons dont vous le faites. Je suis le plus privilégié des séminaristes et j’essaie de me conduire dans mes études d’une façon qui honore la hauteur de votre engagement envers moi. Merci de tout coeur, en Christ.

Marc-André Caron


samedi 12 décembre 2015

Dans la peau d'un scribe


Par ce présent billet, je fais savoir que je suis encore en vie et que je vais bien. Je n’ai rien écrit ce dernier mois, j’en suis désolé! J’essaie de clore mon semestre; je prends l’avion ce mercredi vers Québec, et il me reste encore beaucoup à faire.
Je serai au Québec du 16 décembre au 6 janvier.
Qu’est-ce qui m’occupe en cette fin de session? Mon cours de critique textuelle
En fait, c’est le cours qui a occupé le plus clair de mon temps cet automne! Qu’est-ce que la critique textuelle? La critique textuelle c’est l’étude des copies manuscrites d’un document dont l’original est inconnu ou perdu, ayant pour but de déterminer les mots exacts de cet l’original. Le but de la critique textuelle du NT est de déterminer son texte original tel qu’écrit par ses auteurs. C’est un domaine d’étude essentiel, parce que la lecture de la Bible présume que son texte est fiable et fidèle à ce qui a été composé au 1er siècle. Dans environ toutes les bibles, il y a certains passages entre crochets "[....]" avec des notes en bas de page comme "certains manuscrits n'attestent pas le texte." La critique textuelle s'occupe de ces questions. 
Voici P46 (papyrus #46), la collection la plus ancienne des lettres de Paul (environ 200 AD). Il s'agit des premiers mots de Romains 12:1 ΠΑΡΑΚΑΛΩ ΟΥΝ ΥΜΑΣ ΑΔΕΛΦΟΙ ("Je vous encourage donc frères...") Vous pouvez voir que le mot υμας ("vous") est écrit au-dessus de la ligne. Le scribe a commis une petite inattention, a oublié d'écrire "vous," puis en se relisant il a corrigé son erreur.
Crédit Photo: CSNTM.org 
La problématique de la critique textuelle du NT, c’est que les originaux n’existent plus et qu’il existe des différences entre toutes les copies existantes, ce qui soulève la question : « comment détermine-t-on le texte original ? »
La problématique est multipliée par la montagne astronomique de données que nous avons : 5,635 manuscrits grecs, des dizaines de milliers de traductions anciennes (en latin, syriaque, copte, arménien, géorgien, éthiopien, gothique, etc.) et des millions de citations à l’intérieur des écrits des Pères de l’Église.
La tâche d’un critique est de naviguer au travers de cette pile de données et de reconstruire l’histoire de la transmission du texte du NT en choisissant la variante qui explique le mieux l’apparition des autres variantes.
Pourquoi ai-je désiré suivre ce cours qui semble atrocement pénible (ça pas juste l’air, ce l’est vraiment)? C’est dans un soucis de pouvoir répondre aux questions/commentaires comme :
·         « Quoi tu fais confiance à la Bible? Tout le monde sait que c’est une invention du 4ième siècle commandé par l’empereur Constantin! »
·         « Voyons donc la Bible, c’est comme le jeu du téléphone! Elle a tellement été copiée et traduite de fois qu’elle n’est plus du tout comme elle était au départ! »
Bref vous comprenez le principe. Ces accusations peuvent être troublantes quand on ne connait rien de ce domaine d’étude, mais de m’avoir plongé le visage dans des manuscrits variés et d’avoir étudié précisément l’histoire de la transmission du texte du NT, les méthodes de sa recomposition et ses documents historiques me permet d’avoir réponse à ses questions, ce qui est d’une grande utilité pour répondre aux questions des sceptiques et pour rassurer les croyants. C'est le genre de chose qu'un chrétien sur 1000 doit connaitre en profondeur :) .
J’écrirai sur ce sujet en détails dans le début de la prochaine année. Par la présente, je souhaitais seulement vous communiquer que j’étais en vie et que je n’ai pu écrire dans ce dernier mois précisément parce que le plus clair de mon temps était consacré à m’arracher les yeux sur différents manuscrits.
Ce à quoi ma vie ressemble ces jours-ci. Ça peut sembler assez étranger au monde pastoral, mais quelques personnes doivent être équipés pour répondre à ces questions, non? 

Nouvelles et requêtes de prière
·         J’ai 1 gros travail de critique textuelle à finir d’ici mardi soir et un examen d’hébreux mardi après-midi (je prends l’avion mercredi matin).
·         Passion, endurance, perspicacité!! AH! Observer les différences entre des manuscrits, ça contribue en effet à ma sanctification!
·         Pour un bon voyage de retour -> que je puisse témoigner, etc.

Merci de mes supporter, de me lire et de prier pour moi. J’ai bien hâte d’être au Québec et de vous voir!

Pour finir, voici une citation par l'un des plus grandes critiques textuelles du 20ième siècle, Bruce Metzger (d. 2007):
« La foi, l’espérance, l’amour, mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour. » (1 Cor 13:13) 
[...]
"La foi nous met sur le chemin;
L’espoir nous fait continuer de marcher;
Et l’amour est ce que la vie chrétienne est entièrement à propos."
B.M. Metzger 

Marc-André Caron 

dimanche 22 novembre 2015

Le problème c’est la religion

Difficile 2 semaines : Paris, Beyrouth Bagdad... il y a beaucoup de tragédies sur lesquelles pleurer, ou prier #PrayforParis,  ou se dissocier #NotInMyName.
Beaucoup ont dit que le problème, c’est la religion.
Et ils ont raison... selon la Bible!
Le portrait lucide du livre de l’Apocalypse (dernier livre de la Bible) est une fin du monde où l’humanité est amenée à sa destruction par une religion mondiale dans un gouvernement mondial (Avenged Sevenfold a même fait une chanson là-dessus, the Beast and the Harlot!). Donc la Bible vous donne raison, vous tous qui rêvez d’un monde sans religion : selon son pronostique, tout va mal finir sur Terre à cause de la religion.
Tsé quand on parle d’un allié inattendu?
Raisonnement myope
Mais est-il juste de faire reposer tout le blâme des maux de l’humanité sur la religion? C’est tentant en effet... l’Islam et le coran sont actuellement le terreau fertile pour la violence et la guerre sainte (tout comme le furent toutes les religions du monde... et le communisme, le colonialisme, l’impérialisme et l’athéisme il n’y a pas si longtemps). Mais aussi : les frustrations, la pauvreté, la marginalisation, la faim, l'ignorance, etc.!
Je viens de faire un amalgame de quatre catégories différentes: le religieux, le politique, le philosophique et le social. Par les mêmes critères de ceux qui condamnent la religion, ne faudrait-il pas aussi condamner ces précédentes catégories?
Le raisonnement est myope parce qu’il se borne à ne condamner que le religieux. Le raisonnement serait bon si il condamnait à part égal tout ce qui est condamnable, e.g. le politique, le philosophique le religieux et les dysfonctions/inégalités sociales.
Quel est le dénominateur commun de ces catégories?
Eh.... ?
..... les humains?
Peut-être qu’il y a quelque chose de fondamentalement pourri dans le cœur de l’homme? On pourra chercher un bouc émissaire en pointant du doigt l’ennemi public du moment, mais ce sera toujours myope parce qu’on coupera toujours le pissenlit au lieu de le déraciner.
 « Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. » Marc 7.21-22
En d’autres mots, l’humain aura toujours une façade pour justifier ce qu’il entend faire.
On pourra me dire : « mais alors, si tout le monde est coupable, alors personne n’est coupable [pour Paris, pour le terrorisme, pour le réchauffement planétaire, pour la pédophilie, etc.]? » Je ne dis surtout pas qu’il ne faut pas combattre les idéologies violentes puisque toutes idéologies peuvent être violentes, ou encore qu’il ne faut pas agir pour la paix parce que la nature de l’humain garantie la guerre.
Voici mon espoir : mon espoir est que Christ reviendra un jour pour essuyer toutes larmes et pour établir son royaume. Le roi est absent, mais il revient bientôt. Il appelle les humains à se repentir et à chercher le royaume de Dieu par dessus-tout: vivre selon les règles du royaume, quand bien même les règles de celui-ci ne sont pas honorées sur la Terre présentement. C’est ce que les serviteurs du royaume se sont fait confier.
C’est la grandeur du Christianisme, parce qu’il offre la réponse la plus puissante aux deux plus importantes questions :(1) Pourquoi le monde est-il autant merdique et (2) pourquoi l’espoir? Le Christianisme offre l’espoir. La merde c’est le péché, ce cœur tortueux de l’humain; l’espoir est Christ. Pour chaque flocon de neige, il peut y avoir un viol. Pour chaque élément d’ordre, il y a désordre. Et voici, le roi revient bientôt. Ce n’est pas l’absurdité du nihilisme, ni l’optimisme myope et sans fondement de l’humanisme, mais l’espoir solide du Christ ressuscité qui revient.
Voilà pourquoi #PrayforParis peut être puissant. #PrayforParis est impertinent dans la mesure où le mot désigne une expression creuse déculpabilisatrice qui renvoie à la seule chose possible à faire quand on ne peut rien faire, mais #PrayforParis est pertinent quand il est une vraie prière : une communauté de foi qui dit en cœur « que ton règne vienne » : c’est à la fois (1) une prière pour le retour du roi et (2) un impératif communautaire à vivre sur Terre selon les règles du royaume même si celui-ci est absent. C’est une insurrection contre le chaos, la violence et l’injustice, et une recherche commune pour établir la justice.
Donc... la religion est le problème? Mieux encore, le cœur de l’humain est le problème. Pour moi comme chrétien, j’espère me battre pour la paix et la justice toute ma vie (bien que je n’ai pas fais grand chose jusqu’ici, mis à part taper sur mon clavier), mais mon espoir n’est pas dans le monde imaginaire et myope de John Lennon et de sa chanson Imagine : mon espoir est en Christ, lui qui fera toutes choses justes quand il paraîtra.
Un exemple : les réfugiés syriens
Je suis content que les gouvernements Couillard et Trudeau gardent le cap sur l’accueil de quelques réfugiés syriens supplémentaires.
Le sondage effectué par La Presse met de l’avant que 60% des Québécois disent non aux réfugiés.
À ce propos, je partage ici les commentaires d’un de mes amis (et prof de grec durant l’été 2014), Justin Bass, qui commente à propos de la situation aux États-Unis, là où l’accueil de quelques réfugiés syriens est encore incertain:

Si c’était une question à propos de si oui ou non les églises devraient loger et accepter les réfugiés fuyant un génocide dans un autre pays, alors ce serait noir ou blanc pour les Chrétiens. Nous devrions faire tout ce que nous pouvons pour aimer, soigner et accueillir ces réfugiés.
« 17 Car l'Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, 18 qui fait droit à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements.19 Vous aimerez l'étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte. » (Deut. 10:17-19)
« 27 La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » (Jac 1:27)
Cependant, puisqu’il s’agit d’une décision du gouvernement américain, je pense que les Chrétiens peuvent tomber des deux côtés de la question. Il y a plusieurs bonnes raisons pourquoi nous ne devrions pas supporter l’influx de réfugiés dans notre pays de par les menaces sérieuses de terroristes parmi eux.  D’un autre côté, il y a plusieurs autres bonnes raisons pour lesquelles nous, en tant que nation, devrait compatir et les accepter.

Mon opinion personnelle sur le sujet est que nous, en tant que chrétiens, devrions pousser pour que le gouvernement (et nos États) les acceptent. Je dis ceci en sachant très bien qu’il est très probable que quelques terroristes puissent se faufiler parmi eux. La compassion sacrificielle implique toujours un risque. Le bon Samaritain a pris un risque alors qu’il aidait l’homme gisant moitié mort au long du chemin. Ce gars aurait pu faire semblant, et alors que le Samaritain se penchait pour lui venir en aide, aurait pu le poignarder et lui voler tout ce qu’il avait. Quand on aide les gens qui souffrent, il y a toujours un risque. Il y a cependant une façon d’éliminer tous risques: ne rien faire. 

Visiblement, je ne connais rien à l’immigration, aux réfugiés et aux données factuelles quant aux arguments négatifs et positifs de ce cas, mais l’auto-préservation absolue telle qu’exprimée sur Internet ces jours-ci n’a rien de chrétien.


"Ces gars ne sont pas les héros de l'histoire"
"Ce gars est le héro de l'histoire (c'est lui que tu veux imiter)"
"Cours biblique 101 pour les gouverneurs durant la crise des réfugiés"  


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Quelques nouvelles et requêtes de prière
Je viens de compléter ma semaine de lecture (de « relâche »). Je l’ai passé à analyser le plus petit manuscrit des évangiles au monde, GA 2364. Vous pouvez y jeter un coup d'oeil au lien suivant. Chaque page fait 9 cm par 7 cm. C’est pour un projet de session dans le cadre de mon cours de critique textuelle, sur lequel j’écrirai prochainement pour expliquer qu’est-ce que c’est. La semaine prochaine, c’est aussi congé pour l’Action de grâce américaine. Je passerai la semaine à travailler encore sur des vieux manuscrits... :)
Je prends l’avion le 16 décembre. Ma session progresse bien; vraiment tout va bien. C’est fou de penser qu’il y en a déjà une autre de compléter. Le temps ici passe tellement vite.
Requêtes : (1) passion, acuité intellectuelle, discipline; (2) grandir en grâce, vérité et service; (3) stage académique (printemps et automne 2016) et stage pratique en été 2016 au Québec.
Je vous remercie de votre soutien financier, moral et spirituel. Je suis réellement le séminariste le plus béni au monde, à cause de vous.

Marc-André Caron




dimanche 8 novembre 2015

"C'est inhumain!" - "C'est d'une grande humanité!" - Sur le vrai humain

On utilise l’adjectif « inhumain » pour qualifier des actes immoraux. Une personne inhumaine est « cruelle, dure, dépourvue de tout disposition à aimer, à aider d’autres hommes » (Lexilogos.com).   
Il semble que les trucs inhumains sont pourtant ... très humains. Ouvrir le journal pointe dans cette direction. Et qui n’a jamais regardé son passé en disant : « il me semble que si je pouvais revenir en arrière pour ne pas refaire cette chose là, je le ferais? »
En considérant les milliards d’humains qui constituent l’humanité, force est de constater que notre espèce fait un tel nombre d’inhumanités qu’il faut dire au pire que l’humain est inhumain et au mieux que l’inhumain est humain. Les inhumanités sont donc ... humaines.
Un peu comme si notre langage sous-entend qu’il y a quelque chose de briser dans l’humanité. Un peu comme si on aspirait à un idéal, un vrai humain. Un humain qui n’est pas inhumain.  ... Qui est le vrai humain?
La portrait de l’humanité dépeint par la Bible avance que celle-ci est dans une condition anormale : le vrai humain n’est pas celui que l’on retrouve dans notre société. Au contraire, l’humain original est venu de la main de Dieu, « très bon ».
D’un certain sens, les seuls vrais humains furent Adam et Ève avant la chute, et Jésus.
Tous les autres humains, de la chute jusqu’à celui derrière mon clavier, sont des exemplaires tordus, dépravés, corrompus .... déshumanisés?
Le 1er chapitre de la Genèse culmine en disant que l’humanité a été créée à l’image de Dieu [Imago Dei] :
 « Faisons l’homme à notre image,
selon notre ressemblance, [...]» 
27Dieu créa l’homme à son image,
à l’image de Dieu il le créa ;
mâle et femelle il les créa.
 [...]
Dieu vit tout ce qu’il avait fait.
Voilà, c’était très bon.



Le Nouveau Testament réaffirme que l’humain a été créé à l’image de Dieu (1 Cor 11:7; Jacques 3:9), mais la portée de l’image de Dieu est recentrée sur Christ.  Christ est le 2ième Adam qui est à la perfection la vraie image de Dieu; [1] en tant que 2ième Adam, Christ est la tête d’une nouvelle humanité, partageant son image avec ses frères et sœurs, ceux qui sont en Christ.
Ainsi, on apprend sur l’humanité en étudiant Christ, et non les humains. Les différences entre son humanité et la nôtre sont frappantes, car son humanité est l’humanité comme celle-ci devait l’être.[2]
En l’homme Christ, on voit ce que l'humanité devait être. Dans l’Ancien Testament, tous les humains sont à l’image de Dieu; dans le Nouveau Testament, où Christ est la vraie image, les humains sont à l’image de Dieu dans la mesure où ils sont comme Christ. « L’image est pleinement réalisée seulement par l’obéissance à Christ; c’est de cette façon que l’humain, l’image de Dieu, qui est déjà humain, déjà l’image de Dieu, peut devenir pleinement humain, pleinement l’image de Dieu.»[3]
Nous avons dit d’entrée de jeu qu’un vrai humain ne fait rien d’inhumain. Voilà que notre société moderne se retrouve bien inhumaine...
C’est dans l’image de Dieu, Christ, que l’humanité se fonde sur un rocher inébranlable. Si l’humanité cherche à se définir selon les chemins tortueux de son propre cœur, il s’agit d’une fondation mouvante.
Le Christianisme, ce n’est pas un ticket de l’enfer vers le ciel, mais c’est une invitation à vivre avec Dieu; recevoir la vie et la vie en abondance, la vie comme elle devrait l’être. C'est une invitation à renoncer à toutes ses inhumanités qui nous retiennent, inhumanités que la Bible appelle - péché -.  Christ appelle aujourd’hui tous les humains à se tourner de leurs voies, à cesser de se confier dans leurs propres cœurs désordonnés, et à faire confiance à Dieu pour la vie présente tout comme la vie à venir. Christ, aujourd’hui invite tous les humains à se tourner vers lui : toi aussi cher lecteur.

Mes bien-aimés,
dès à présent nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
Nous savons que, lorsqu’il paraîtra,
nous lui serons semblables,
puisque nous le verrons tel qu’il est.
1 Jean 3:2

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Quelques nouvelles et requêtes de prière
-Je vais très bien. Je suis là où je dois être au niveau de ma production académique. Je suis entrain de boucler la boucle dans certains de mes cours en vue de me faire de l’espace pour bosser intensément sur mes travaux de critique textuelle, le cours où l’on étudie les manuscrits grecs du NT dans le but de déterminer quel est le texte original. C’est mon cours de loin le plus demandant et c’est dans celui-ci que je bosserai pour le plus gros du mois de novembre-décembre.
-Super sujet de reconnaissance / louange : cette semaine j’ai su que ma bourse d’étudiant canadien était renouvelée pour le printemps prochain (ce qui était incertain). DTS a aussi annoncé - de nulle part - que les 24 derniers crédits pour les étudiants faisant le ThM sont désormais ... gratuits! Du moins pour ceux qui sont inscrits en 2015-16 et qui termineront en 2016-17 ---> exactement moi! Donc c’est grosso-modo 14,000 $US qui vient de tomber du ciel cette semaine. Je ne suis pas encore tout à fait certain ce que ça signifie pour mes supporters financiers. Je vous écrirai sur ce sujet en plus amples détails dans ma lettre financière annuelle qui sera envoyée personnellement en janvier. Vous pouvez voici plus de détails sur le "last year free" à cette adresse.
-Sujets de prière : (1) discipline, acuité intellectuelle, passion et endurance (pour la fin de session!!!), (2) Grandir en humilité, grâce et service.

Merci de tout cœur de votre soutien financier, spirituel, moral et en prière. Semaine après semaine, quand je viens à écrire ces lignes, je me dis « je suis le séminariste le plus béni au monde. » À cause de vous. Merci à vous et gloire au Père.
Je vous souhaite une bonne semaine,
Marc-André




[1] Avec les termes comme image (εἱκών), ressemblance (ὁμοίωσις), forme (μορφῄ) et  représentation (χαρακτήρ).
[2] Cette idée vient du théologien suisse Karl Barth.
[3] David J. A. Clines, “The image of God in Man,” Tyndale Bulletin, 19 (196), 103.

dimanche 25 octobre 2015

La valeur de ma sœur Laurie - Un souper presque parfait


Cette semaine à Un souper presque parfait, une jeune participante a dit : «Je me disais les handicapés, y’ont pas leur place dans la société, genre. [...] «On peut pas traiter les handicapés genre, pis le monde qui sont fous genre, de la même façon que nous, tsé ils font pas partie de la société, en tant que telle, parce que nous on paie pour eux, mais eux autres ils contribuent à rien dans la société donc c’est une classe à part.»[i]
 ...
J’ai une sœur sévèrement handicapée. Elle s’appelle Laurie. Laurie est une étrange bibitte d’habitude, mais extrêmement attachante. Souvent elle bougonne quand les choses ne font pas son affaire. Elle est gâtée, super bien habillée et territoriale : elle a vraiment de la misère avec les autres bébés, parce qu’elle les voit comme des menaces pour l’attention de sa maman.
Elle aime le fromage en grains, le pain blanc, mais elle a surtout une passion pour les sacs-à-main et les porte-clefs. Ses sacoches sont si importantes que l’une de ces fois, l’une de ses enseignantes a rapporté à la maison la sacoche de Laurie après qu’elle se soit rendue compte qu’elle l’avait oubliée à l’école.


Ça fait 18 mois que j’habite à Dallas et elle me manque beaucoup. Je pense que c’est la personne avec qui je suis le plus intime, Laurie. C’est un peu fou, je sais, parce que Laurie ne parle pas. En fait, quand j’explique qui est ma sœur, je dis qu’elle est comme « un bébé de 2 ans ou un gros chat ». 
Elle est passée au travers de beaucoup de souffrances physiques. C’était vraiment terrible il y a un an. Elle va assez bien ces jours-ci.
Mes interactions avec Laurie sont largement positives, mais ce n’est pas moi qui lui donne ses soins. Mon père et ma mère, - ma mère principalement -, sont ceux qui s’en occupent, assistés d’intervenants à domicile. Laurie nécessite des soins au levée, pour l’hygiène, pour s’habiller, pour ses besoins, pour manger, pour la superviser constamment et au couché. Bref, c’est constant, et c'est du lourd.

D’un point de vue utilitariste, elle est inutile. Laurie ne contribue pas à la société. Zéro.
Que faut-il pour que Laurie mérite la vie et ait de la valeur? Faut-il qu’elle contribue à l’économie? Faut-il qu’elle soit une personne? Devrait-on prendre soin d’elle dépendamment du résultat d’une équation?
Il semble que tout le monde a écrit quelque chose à propos de ce que la jeune participante a dit à Un souper presque parfaitPlusieurs textes que j’ai lus parlait de la valeur des « handicapés ». Mais les « handicapés » n’ont pas besoin d’avoir de valeur. On n'a pas besoin de dire « je connais XYZ qui est sourd-aveugle-muet et il a inventé Google! Alors voyez, nous avons besoin des handicapés ! » Dire ça sous-entend que la contribution sociale est un critère important. Je crois que c’est d’entrer dans un jeu auquel il ne faut pas jouer. Faut-il vraiment contre-argumenter comme un utilitariste pour démontrer que les "handicapés" ont une place dans le monde?
Aux yeux de ceux qui parlent le langage de Dieu (c.-à-d. l’amour dans la communion), la contribution sociale de Laurie cesse d’être un critère. 
Laurie et moi
Laurie n’a pas à remplir les critères pour être qualifié de "personne." Laurie n'a pas non plus à être un agent économique. Je dis ça non pas parce que je pense que Laurie n’est pas une personne ou un agent économique, mais parce que je pense que ces critères sont largement impertinents, parce que Laurie c’est Laurie; Laurie, fille de Christian, fille de Cécilien, fille d’Alphonse, [...] fille de Dieu. Laurie c’est Laurie, ma sœur.  Prendre soin de Laurie ne dépend pas de si elle contribue à la société, ou si elle se mérite le statut de « personne ». Les gens autour d'elle reconnaissent bien sa valeur, une valeur qui ne se calcule pas mais qui se sait dans le cœur.
La valeur d’un individu est intrinsèque, parce que les humains sont créés à l’image de Dieu, même si cette image est défigurée. La disposition a vouloir prendre soin de quelqu’un d'autre dépend de l’attitude qu’on lui porte : que ce soit un aîné mourant, ma sœur Laurie, un bébé en gestation non-désiré, ou un itinérant manipulateur.  
Ce qui explique pourquoi la plupart des commentateurs sur l’histoire ont recommandé à la jeune participante d’aller rencontrer des personnes handicapées : on se rend rapidement compte que la vie c’est plus que l’apport économique, mais c’est connaitre et être connu, aimer et être aimé. L’handicapé qui se tient à distance et qu’on appelle "handicapé" peut bien mourir, mais avoir une Laurie te permet de savoir que tout ne se sait pas que par un calcul froid. 

Heureux les affligés, car ils seront consolés!



[i] C’est évident la jeune participante parle par ignorance et naïveté. Elle aura surement beaucoup appris dans les derniers jours et j’espère qu’elle ne sera pas anéantie par une lapidation publique. La réponse de M. Stéphane Laporte était pleine de grâce et de bon sens : http://plus.lapresse.ca/screens/83fc0e8d-9f8d-4e3f-9402-3097df6d5958%7C_0.html



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Quelques nouvelles et requêtes de prière
Le semestre progresse, plus de la moitié est déjà écoulée! Tout va bien à l’école. Je suis en santé et je me sens particulièrement fortifié par l’Esprit.
Je serai au Québec du 16 décembre jusqu’au 6 janvier. Ce sera mon plus long congé depuis que j’ai commencé à DTS. D’ici là, j’ai beaucoup à faire. Je ne pense pas pouvoir relâcher du tout pendant le deux semaines de vacances que nous en novembre (semaine de lecture + semaine de l’Action de grâce américaine).
Bref, pas de nouvelle, bonne nouvelle!
Requêtes de prière: (1) motivation, discipline, passion et acuité intellectuelle, (2) grandir en sainteté, en service et en amour, (3) samedi prochain (1 novembre) mon église à Dallas organise une fête de quartier.
Merci de vos prières, de votre support moral et financier. Je remercie le Seigneur chaque jour pour vous. Qu’il fasse briller sa face sur vous!

Marc-André Caron 

samedi 10 octobre 2015

L’intolérance séculière - réaction à "la résistance religieuse" par Mme Mélanie Dugré, texte paru sur La Presse le 7 Oct 2015

Me sentant lâche, je me suis dis : « pourquoi ne pas plagier un article déjà écrit et faire quelques changements stratégiques? » Ma conscience m’accusant fortement, j’ai décidé de mettre le texte de Mme Mélanie Dugré, "la résistance religieuse", dans la colonne de gauche (publié le 7 octobre sur La Presse), et de reproduire son texte avec mes modifications en jaune dans la colonne de droite.

« La résistance religieuse » de Mme Mélanie Dugré
La religion qui juge, condamne et ordonne, celle qui prétend pouvoir distinguer le bien du mal et détenir la vérité absolue, m'a toujours donné de l'urticaire. Je ne nie pas que la foi, religieuse ou pas, puisse être réconfortante, salutaire et salvatrice pour l'humain, mais je suis convaincue qu'elle relève de la sphère privée et doit se faire discrète.
La liberté de religion fait évidemment partie des droits fondamentaux que nous avons choisi d'inclure dans la Charte canadienne des droits et libertés. Un geste sans contredit important, pour le meilleur et pour le pire, et dont la portée était sans doute insoupçonnée au moment où il a été posé. Le meilleur se fait bien timide par les temps qui courent, pendant que le pire fait fréquemment les manchettes. J'aurais pu parler du niqab, mais je n'ai surtout pas envie de faire une fleur aux conservateurs en revisitant ce que plusieurs ont qualifié, à juste titre, « d'arme de distraction massive ».
En revanche, je constate que la religion ne se gêne pas pour se mêler, que dis-je, pour faire reculer certains débats sociaux. Il suffit de penser à ce qui se passe en Ontario, où l'école Thorncliffe Park, située dans un quartier reconnu pour abriter une grande population musulmane, s'est littéralement vidée dans un mouvement de protestation à l'égard du nouveau programme d'éducation sexuelle en milieu scolaire, auquel s'opposent les parents pour des motifs religieux. Le Québec n'est pas en reste, avec l'Association des parents catholiques du Québec (APCQ), qui a formulé des menaces semblables.
Je reconnais à ces gens le droit de retirer leurs enfants d'un cours qui interfère avec leurs convictions, tout en soulignant que lorsque leurs petits anges s'extraient de la bulle familiale aseptisée aux effluves religieux, ils sont exposés aux mêmes réalités que les petits diables de leur âge. L'idée derrière ce programme n'est pas d'abdiquer nos responsabilités parentales à l'égard de l'éducation sexuelle, mais bien de permettre à l'école et aux parents de travailler en équipe afin de fournir des informations exactes, transmettre des messages clairs et éducatifs, faire de la prévention et rajuster le tir quant aux images, mythes et fictions dont les enfants sont bombardés.
La religion devrait se garder une petite gêne puisqu'en matière de sexualité humaine, l'histoire révèle qu'elle fait plutôt office de piètre modèle et conseillère.
Que dire maintenant de la récente sortie de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), qui demande aux candidats aux élections fédérales de se prononcer sur l'aide médicale à mourir et réclame un « vrai » débat sur cette question ? Rappelons que d'exhaustives consultations publiques ont été tenues, qu'une loi a été votée et adoptée et que la Cour suprême s'est prononcée.
Est-ce qu'on peut maintenant, s'il vous plaît, avancer et arrêter de faire deux pas en arrière après en avoir fait un, lentement et péniblement, en avant ? Rassurons les récalcitrants : les paramètres de la loi sont stricts, il n'y aura pas de tordage de bras, pas plus, comme le craint le cardinal Lacroix, qu'on ne se débarrassera à coups de seringues venimeuses de toute une génération qui coûte une fortune en soins de santé. Eh oui ! il est possible de continuer à développer et investir dans les soins palliatifs tout en encadrant l'aide médicale à mourir.
Les groupes religieux, quels qu'ils soient, font souvent preuve de résistance devant les enjeux sociaux qui bousculent traditions et idées reçues, mais qui sont néanmoins indissociables de l'évolution de notre société. Ces groupes auraient avantage à user de retenue et de discrétion en évitant les prises de position publiques catégoriques et tranchées qui nous font collectivement stagner, voire reculer.

« L’intolérance séculière » par ‘moi’!
Le sécularisme qui juge, condamne et ordonne, celui qui prétend pouvoir distinguer le bien du mal et détenir la vérité absolue, m'a toujours donné de l'urticaire. Je ne nie pas que le sécularisme, athée ou pas, puisse être utile, relativement moral et un facteur positif pour le développement humain, mais je suis convaincu qu'il relève de la sphère privée et doit se faire discret.
La liberté de religion fait évidemment partie des droits fondamentaux que nous avons choisi d'inclure dans la Charte canadienne des droits et libertés. Un geste sans contredit important, pour le meilleur et pour le pire, et dont la portée était sans doute insoupçonnée au moment où il a été posé. Le meilleur se fait bien timide par les temps qui courent, pendant que le pire fait fréquemment les manchettes. J'aurais pu parler du niqab, mais je n'ai surtout pas envie de faire une fleur aux conservateurs en revisitant ce que plusieurs ont qualifié, à juste titre, « d'arme de distraction massive ».
En revanche, je constate que l’humanisme séculier ne se gêne pas pour se mêler, que dis-je, pour faire reculer certains débats sociaux. Il suffit de penser à ce qui se passe en Ontario, où l'école Thorncliffe Park, située dans un quartier reconnu pour abriter une grande population musulmane, s'est littéralement vidée dans un mouvement de protestation à l'égard du nouveau programme d'éducation sexuelle en milieu scolaire, auquel s’opposent les parents à qui l’on a imposé ce programme par motif séculier. Le Québec n'est pas en reste, avec le ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et Recherche (MEESR), qui a formulé des menaces semblables.
Je reconnais à ces gens le droit de retirer leurs enfants d'un cours qui interfère avec leurs convictions, tout en soulignant que lorsque leurs petits anges s'extraient de la bulle familiale aseptisée aux effluves faussement objectives, ils sont exposés aux mêmes réalités que les petits diables de leur âge. L'idée derrière ce programme n'est pas d'abdiquer nos responsabilités parentales à l'égard de l'éducation sexuelle, mais bien de permettre à l'école et aux parents de travailler en équipe afin de fournir des informations exactes, transmettre des messages clairs et éducatifs, faire de la prévention et rajuster le tir quant aux images, mythes et fictions dont les enfants sont bombardés, e.g. que la moralité n’existe pas, que l’éthique sexuel se limite à respecter autrui, que l’on peut s’autodéterminer, que le sexe est banal, que l’avortement n’est pas un meurtre, etc.
L’humanisme séculier (et pourquoi pas les humains en général) devraient se garder une petite gêne puisqu'en matière de sexualité humaine, l'histoire révèle que l’humanisme séculier fait plutôt office de piètre modèle et conseiller.
Que dire maintenant de la récente sortie de Mme Mélanie Dugré,  qui demande aux groupes religieux d’user davantage de discrétion en évitant les prises de position publiques? Rappelons [...] qu'une loi a été votée et adoptée et que la Cour suprême s'est prononcée. Les communautés chrétiennes continueront d’agir selon la prémisse que la vie est un don,  que la mort est toujours indigne, et que la mort la plus compatissante est dans une communauté qui manifeste l’amour et où les douleurs sont soulagées par des soins palliatifs.
Est-ce qu'on peut maintenant, s'il vous plaît, avancer et arrêter de faire semblant que la société canadienne est homogène? Ne soyons pas aussi sûrs de nous« les paramètres de la loi sont stricts, il n'y aura pas de tordage de bras, pas plus, comme le craint le cardinal Lacroix, qu'on ne se débarrassera à coups de seringues venimeuses de toute une génération qui coûte une fortune en soins de santé. » Eh oui ! il est possible de discréditer des soucis légitimes par des ad hominem.  
Les groupes majoritaires, quels qu'ils soient, font souvent preuve d’intolérance devant les enjeux sociaux qui bousculent l’idée reçue du moment, mais qui sont néanmoins indissociables du changement de notre société. La majorité séculière aurait avantage à user de retenue et de discrétion en évitant les prises de position publiques catégoriques et tranchées qui nous font collectivement stagner, voire reculer.

 Non mais n’est-ce pas très ironique?
Le texte de Mme Dugré est illustratif du genre de totalitarisme séculier qu’il y a dans la place publique (de Tout le Monde En Parle jusqu’aux conversations de dépanneur...). Faut-il le rappeler qu’une démocratie présume une diversité parmi sa population, et que si sa population est homogène alors il s’en suit que ce n’est plus une démocratie, mais une dictature. En dépit des idées reçues de Mme Dugré, j’ose espérer que tous les Canadiens, peu importe leurs fondements épistémologiques, continueront de participer à la société civile.
En ce qui concerne l’Église (en bon évangélique, je réfère ici à l’Église catholique qui fonctionne comme un empire), Mme Dugré a raison en soulignant qu’elle agit comme un frein grinçant sur une majorité séculière. Je vais même abonder dans son sens en disant que le rôle de l’Église n’est pas de prendre le contrôle de la société pour imposer une éthique sociale. L’Église n’est pas le royaume, mais l’avant-goût du royaume.  L’Église incarne les pratiques de paix du royaume de Dieu de façon à rendre ce royaume visible. [1] La première responsabilité de l’Église n’est pas d’être le gardien de la moralité sur la place publique, mais d’être... l’Église, « la communauté de serviteur. »[2] Ce qui fait que l’Église est l’Église au yeux du monde, c’est quand elle manifeste fidèlement le royaume de paix de Jésus. « En tant que telle, l’Église n’a pas une éthique sociale; l’Église est une éthique sociale. »[3]
Donc dans un sens, je ne peux pas trop en vouloir à Mme Dugré (même si je suis troublé par son intolérance de tout ce qui est dissident de ce qu’elle perçoit comme étant objectif), parce que l’Église ne peut pas s’attendre à ce que le monde ne soit pas le monde.  
Indépendamment de où la société s’en va, l’Église continuera de dire que Jésus est Seigneur (oui, César, tu peux être offensé) et d’agir en conséquence. Pour finir en lien avec l’aide médical à mourir, que faire nous pauvres Chrétiens? « Le chemin devant pour les médecins chrétiens et les autres personnes concernées est clair - prendre soin des mourants d’une telle façon que le désir pour l’euthanasie soit prévenu. »[4] Être une Église qui manifeste le Royaume en ce que les mourants ne sont pas isolés, mais entourés, aimés et soulagés.



[1] Stanley Hauerwas, The Peaceable Kingdom (Notre Dame, IN: Notre Dame University Press, 1983), 97.
[2] Ibid., 99
[3] Ibidem.
[4] Glen H. Stassen and David P. Gushee, Kingdom Ethics: Following Jesus in Contemporary Context (Downers Grove, ILL: IVP Academic, 2003), 250.


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Quelques nouvelles et requêtes de prière
Ouf le semestre file à toute allure! Déjà quasiment à la moitié. Je suis enterré de travaux, de lectures et de projets .... et je n’échangerais pas ça pour rien au monde! Je suis très encouragé et je prends plaisir à tout ce que je fais jusqu’ici. C’est difficile à communiquer, mais chaque jour j’ai peine à réaliser à quel point je suis béni de pouvoir étudier la Parole à DTS. Merci à vous et merci à Dieu.
Je vais très bien : la santé, le moral et la motivation. L’inscription pour les cours de la prochaine session a eu lieu la semaine dernière; j’ai pu avoir une place dans tous les cours désirés. Le paiement des frais de scolarité arrive dans les prochaines semaines.
Requêtes de prière : (1) motivation, discipline, passion et acuité intellectuelle, (2) grandir en sainteté, en service et en amour, (3) le prochain 3 jours (jusqu’à jeudi soir) sera un blitz scolaire intense.
Je vous remercie de votre soutien moral, financier et des prières que vous offrez au Père pour moi. Vous faites de moi le plus béni des séminaristes du monde, et j’espère que je pourrai vous démontrer ma gratitude par mon service dans le futur.
Marc-André Caron


dimanche 27 septembre 2015

Minimiser l'évangile .... et la xénophobie

Minimiser l'évangile  ... ouvre la porte à d'étranges dérives 
Si l'évangile est mon ticket hors de l'enfer, pourquoi devrais-je aimer mon prochain [i.e. accueillir les immigrants, aimer les étrangers, chercher à me réconcilier, etc.] ?
Voici une définition typique de l’évangile pour un chrétien évangélique:  Dieu le Fils dans la chair est mort sur la croix et est ressuscité, et par la foi en son sacrifice, je suis pardonné de mes péchés. Étant pardonné, je reçois la paix avec Dieu et la vie éternelle: j’irai au ciel.
Cette définition est vraie, mais incomplète. Elle minimise ce qu’est vraiment l’évangile.
Si je voulais être grossier, on pourrait aussi dire que selon cette définition, l’évangile est un ticket qui te sort de l’enfer. L’évangile serait-il pour les égoïstes? Si la définition s’arrête là, j’imagine que quelqu’un pourrait monter un bon argument là-dessus.... ça sonne faux.
Cet évangile tronqué ne se concentre que sur le pardon. C’est incomplet parce que le pardon des péchés n’est pas la destination finale, mais le début de l’aventure. L’évangile n’est pas le pardon des péchés, mais c’est la raison du pardon des péchés. Le pardon des péchés a pour objectif la paix, le shalom (« paix, intégrité, santé et complétude d’une communauté »). Le cœur de l’évangile n’est pas une transaction (de la damnation vers la gloire), mais l’entrée dans une vie, la vie du disciple. Dieu pardonne les humains afin qu’ils puissent être réconciliés avec Dieu, et se faisant réconcilier les humains entre les humains. C'est précisément parce que l'évangile est l'offre de la vie avec Dieu que c'est une bonne nouvelle. 
Si l’évangile est présentée comme un ticket pour se sortir de l’enfer, quel genre de disciples est-ce que cela va produire ? Mais si la prédication de l’évangile est à propos de la paix avec Dieu (et donc aussi la paix entre humains), ça ouvre le champs pour ce que cela implique à propos de marcher avec Dieu. Maissi l'évangile est présentée comme une transaction, alors tu auras le genre de disciples que ça produit: des gens assis confortablement et qui attendent que le train vers l'éternité arrive. 
Dieu pardonne tes péchés afin que tu sois libre d’amener la paix autour de toi... ce qui inclut, en effet, ceux qui sont différents: même les méchantes femmes voilées, même les immigrants, mêmes ceux qui ne sont pas 100% québécois (ce qui est un qualificatif qui fait banqueroute...).



Minimiser l'évangile ... et la xénophobie et le racisme
En ces temps où l'EL provoque un énorme déplacement humain en Syrie, j'ai été surpris de voir autant de désir de se protéger soi-même plutôt que de la compassion.
Le racisme et la xénophobie sont des réactions de protection d’un groupe envers un autre. L’autre fait peur, alors il faut s’en couper. L’évangile ne cherche pas à se protéger, mais à se mettre en danger pour pouvoir amener la paix aux autres. Dieu le Fils ne cherchait surement pas à « protéger ses frontières » ou son « identité nationale » par l’incarnation.

Christ est mort non pas pour un groupe sélect, mais pour faire de ceux qui n’étaient pas un peuple ---> son peuple


...

Quelques nouvelles et requêtes de prière
·         Je vais très bien. C’est sans surprise jusqu’ici, mais je suis dans le jus, d’où mon rythme d’écriture bimensuel. Je me sentais un peu fatigué cette semaine, mais j’ai pris le temps de dormir (davantage) samedi matin.
·         Lundi soir, je ferai mon 1er sermon dans mon de cours prédication. C’est un 15 minutes sur un seul proverbe : Proverbes 15:18. J’ai toujours prêché avec des manuscrits verbatim devant moi, mais on a droit à zéro note. Ce sera « intéressant » comme défi.
·         Requêtes : (1) passion, disciple, acuité intellectuelle, (2) Grandir en sainteté, service et humilité, (3) finances et choix de mes cours pour printemps 2016, (4) j'ai une petite élongation musculaire à l'adducteur de la cuisse droite. (5) Pour les migrants de la crise syrienne; que ceux qui migrent soient guidés vers des porches ayant des ressources généreuses et pour les populations d'anciens chrétiens de la Syrie. 

Je vous remercie de votre soutien financier, moral et en prières. La seule raison pour laquelle je suis au séminaire et que je profite de cette opportunité de me former pour le service, c’est parce qu'un grand nombre de mes frères et sœurs en Christ donne de façon sacrificielle. Merci de votre confiance, de vos dons et du bon cœur avec lequel vous le faites comme pour notre Dieu.

Marc-André Caron