lundi 30 juillet 2018

Le christianisme réduit et minimisé est un humanisme, mais ce n'est pas le christianisme


Voici un article intéressant de Sébastien Lévesque, l'un de mes anciens profs de philo au cégep de Jonquière:
https://www.lequotidien.com/chroniques/sebastien-levesque/le-christianisme-est-un-humanisme-2d16abfe04bb90bf4fca6bc7afb9f196
Dans sa chronique, M. Lévesque avance  que nous, les Occidentaux, sommes tellement accoutumés aux valeurs de notre héritage chrétien qu'on les prend pour acquis sans reconnaitre leur origine. On est comme des poissons qui sont surpris de se faire demander "comment trouvez-vous votre eau?", ne réalisant pas que c'est ce que l'on respire. En effet, des choses comme la société de droit, les valeur inaliénable de la vie humaine, les droits universelles, les hôpitaux, le soin des pauvres, les hospices, la trajectoire vers l'égalité, le rejet de la violence et la norme de la fidélité amoureuse. En ce sens, M. Lévesque fait réaliser à ces étudiants, qui en sont surpris, leur grande dette envers toute la tradition chrétienne. Ceux-ci ignorent que l'eau dans laquelle ils nagent provient du Christ, la source d'eau vive! L'article de M. Lévesque est donc nuancé et fascinant, mais j'aimerais apporter quelques commentaires quant à son titre et son dernier paragraphe. 
L'article s'intitule "le Christianisme est un humanisme," mais l'humanisme n'est pas défini (ce n'est pas un blâme, ce serait fort ennuyeux pour une chronique de cette taille). Je vais présumer que par humanisme, M. Lévesque voulait dire quelque chose comme une philosophie qui rend les choses plus humaines, plus supportable pour l'humanité. 
Je cite ici son dernier paragraphe: "Dans l’éthique du Christ, l’être humain occupe donc une place centrale. Le salut dont il nous parle n’est d’ailleurs pas autre chose qu’un appel à aimer son prochain et à aller vers les plus défavorisés. C’est précisément ce qui fait du christianisme un humanisme. Autrement dit, c’est dans la relation à l’autre que la morale chrétienne prend tout son sens, non dans l’accomplissement de certains rituels religieux. C’est aussi pourquoi le message du Christ n’appartient pas qu’aux chrétiens à proprement parler, mais à tous ceux qui rêvent d’un monde où l’amour et la compassion seraient au cœur des relations humaines."
Effet de ricochet
Ce que je souhaite commenter dans son paragraphe, c'est la fâcheuse tendance à divorcer l'éthique de la foi. On ne peut constater les ondulations de l'eau qu'après avoir lancé une pierre dans un étang; on ne peut pas avoir les effets de quelque chose sans en accepter la cause première. La cause du christianisme, c'est la croyance en la résurrection du Fils de Dieu -- Dieu a précipité la fin des temps et par la croyance dans la mort, l'ensevelissement et la résurrection de Jésus les chrétiens sont pardonnés de leurs péchés, réconciliés à Dieu et équipés pour être des agents de réconciliation, pour vivre comme s'ils vivaient déjà dans le Royaume de Dieu (bref, vivre 'l'éthique chrétienne' du sermon sur la montagne et du Nouveau Testament). 
Quand M. Lévesque écrit "Le salut dont il nous parle n’est d’ailleurs pas autre chose qu’un appel à aimer son prochain et à aller vers les plus défavorisés," il fait donc erreur car il réduit le Christianisme à l'UN de ses effets, c'est-à-dire le devoir du chrétien de se tourner vers les autres. Il s'agit d'une erreur fondamentale car en détachant le Christianisme de sa cause première (le message de mort à soi-même du Christ par lequel on obtient paradoxalement sa vie) il met en péril la pérennité de ses effets, l'éthique chrétienne. 
Lorsque M. Lévesque dit " c’est dans la relation à l’autre que la morale chrétienne prend tout son sens, non dans l’accomplissement de certains rituels religieux." Il y a ici une fausse dichotomie. Nous sommes ce que nous aimons, ce que nous adorons. Si ce que j'adore le dimanche c'est un Jésus compatissant et crucifié pour l’amour du monde, alors je serai compatissant. Si ce que j’adore le dimanche matin c’est un Jésus blanc et xénophobe, alors je serai un suprémaciste blanc. Si ce que j'adore tout le long de la semaine c'est mon compte en banque ou mes loisirs, alors je serai nombriliste. Les êtres humains, avant d'être des philosophes, sont des amoureux, des adorateurs. Dis-moi ce que tu adores et je te dirai comment tu vies. 
Quand M. Lévesque dit "C’est aussi pourquoi le message du Christ n’appartient pas qu’aux chrétiens à proprement parler, mais à tous ceux qui rêvent d’un monde où l’amour et la compassion seraient au cœur des relations humaines." Pour profiter des effets du message du Christ (les ondulations de l'eau), il faut recevoir la bonne nouvelle (la pierre dans l’étang). On pourrait me répondre à juste titre que l'amélioration des conditions de vie dans la société est menée de l'avant par une majorité de non-chrétiens de nos jours et donc que la morale n'est pas le bien unique des chrétiens. Tout-à-fait, c'est vrai! Mais je souhaiterais gratter plus loin, puisque M. Lévesque a parlé du "message du Christ."
Way of the Cross - Ted Degrazia
C'est là où je veux discuter de son titre, "Le christianisme est un humanisme." Je dirais qu'un christianisme réduit et minimisé est un humanisme, mais je ne dirais pas du tout que le christianisme est un humanisme. L'enseignement de Jésus va beaucoup plus loin "qu’un appel à aimer son prochain et à aller vers les plus défavorisés." Pour Jésus, le problème fondamental de l'être humaine est celui du cœur: "Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les débauches, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l'homme." (Évangile de Marc 7, 21-23). Pourquoi Jésus est-il venu sur Terre? Non pas pour prêcher une nouvelle moralité (ce serait revenu à mettre une nouvelle peinture sur une maison pourrie), mais, selon ses propres mots: "Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médécin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs" (Évangile de Marc 2, 17). Jésus a un problème avec les gens qui se croient assez bien, car ce sont précisément ceux-là qui refusent de faire face au problème de leur cœur, au problème du péché. Jésus est venu pour guérir nos cœurs du péché, pour nous réconcilier à Dieu en portant à notre place nos péchés: "car le Fils de l'homme [Jésus] est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup" (Évangile de Marc 10, 45). Jésus est ressuscité, ayant brisé le pouvoir de la mort. Jésus invite tous ceux qui veulent être pardonnés de leur péché et qui veulent être sauvés à placer leur foi en lui et à eux-aussi porter leur croix: "Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera" (Évangile de Marc 8, 34-35). Le message du pardon des péchés de la résurrection n'est pas déconnecté du soin des pauvres et de l'amour du prochain; il en est la base, le moteur et la cause sine qua non pour que le Saint-Esprit transforme radicalement la vie de l'individu qui se repent et confesse Jésus comme Seigneur. Pour les disciples de Jésus, la question n’est pas si la moralité et les bonnes œuvres sont importantes; la question est d’où est-ce que la moralité et les bonnes œuvres proviennent? En minimisant le christianisme, on peut en faire un humanisme, mais en faisant cela on passe à côté de sa puissance révolutionnaire, celle d'un cœur changé.
Encore une fois merci à M. Lévesque pour son article juste et stimulant. J’ai apprécié le lire et dialoguer avec celui-ci.

Grâce et Paix,

Marc-André

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire